Thierry Murat, dessinateur de la BD "elle ne pleure pas elle chante" reçu au lycée Joliot-Curie le 28 février 2006.

Publié le par Aubagne Ville-Lecture

Thierry Murat, dessinateur et illustrateur d'albums jeunesse sera reçu au CDI du lycée Joliot Curie d'Aubagne le mardi 28 février de 9 à 11 heures, par les 40 élèves jurés. En lice pour le prix des Lycéens et apprentis PACA, Thierry Murat se rend à Aubagne à la rencontre de ses jeunes lecteurs pour la BD co-réalisée avec Corbeyran, "elle ne pleure pas elle chante"...


Delcourt/Corbeyran/Murat 2004    « Elle ne pleure pas elle chante »

Scénario : Corbeyran, Eric

Dessin et couleurs : Murat, Thierry

Editeur : Delcourt - 2004

Source BD GEST’ /

Quand on lui annonce que son père est dans le coma, elle ne peut réprimer un sentiment de joie et de profond soulagement. Alors elle va à son chevet et elle lui parle, elle lui parle de ce que fut sa vie à dater de cette nuit où, pour la première fois, il délaissa le lit conjugal pour aller se blottir contre elle et lui témoigner d'un amour trop envahissant.

Elle lui raconte tout ce qu'elle a sur le cœur et nous prend pour témoins car, plus que tout, elle souhaite se délester d'un poids qui, toute sa vie durant, n'a cessé de lui faire mal. Elle lui explique comment elle a pu continuer à vivre avec ce lourd secret qu'elle souhaite aujourd'hui dévoiler et lui montre l'ampleur de ce drame qu'elle a vécu.

Ce livre-témoin est d'une grande sobriété et parvient à traiter ce sujet si délicat avec beaucoup de retenue et de sensibilité. L'attachement que l'on porte à cette femme meurtrie, à cette enfant privée de son innocence, fait naître en nous un sentiment de tristesse, d'injustice et de désespoir. Pourtant, loin de s'apitoyer sur son sort, elle veut continuer à vivre, comme pour lui montrer qu'il n'est pas parvenu à la détruire. Ce sera sa victoire.

Tout comme le texte ne parle jamais qu'à demi-mots, le dessin, à la fois très simple et porteur d'émotions, voile une réalité bien trop réelle derrière une pudeur de bon aloi. A quoi bon une image si crue, finalement si réaliste, alors que la tristesse et la cruauté de l'histoire sont déjà si palpables? Les auteurs l'ont bien compris et ne cherchent pas à tout montrer. Au contraire, ils se font les plus distants possible, laissent la place au personnage principal : c'est son livre plus que le leur, c'est son témoignage. Pour souligner le caractère humain de ce récit intime, les décors se font discrets et les traits épurés, les détails disparaissent pour laisser la place aux sentiments, forts, vrais, poignants, qui font de ce livre une merveille de sensibilité.

Bouleversant, à la fois terrible et plein d'espoir, de toute façon indispensable.

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Source : Chronique de France inter
Coup de coeur pour une bande dessinée, signée Corbeyran et Thierry Murat.

"Elle ne pleure pas elle chante", est adapté d'un roman d'Amélie Sarn.. Le sujet en est difficile, puisqu'il est ici question d'inceste.
C'est un sujet qui fait peur. Un sujet tabou, encore prisonnier d'une lourde chape de silence. Selon les associations qui les défendent, 90% des victimes d'inceste ne portent jamais plainte. Laura, l'héroïne et la narratrice de cet album, fait partie de ceux là. Mais ce que ce que vous avez entre les mains n'est pas un ouvrage sociologique. C'est l'adaptation d'un premier roman, paru il y a deux ans chez Albin Michel.
A quoi bon ajouter des images là où il est déjà si difficile de mettre des mots?
Amélie Sarn, en préface du livre, avoue qu'elle s'est posé la question. Comment partager un texte aussi intime? J'avais la trouille, écrit elle. Peur que les images soient trop crues.

L'idée de transposer son histoire venait d'Eric Corbeyran, un scénariste de bande dessinée aussi curieux que prolifique. Idée osée en effet; le résultat est une réussite, d'une grande pudeur, tout en finesse.
Le texte d'Amélie Sarn, écrit en blanc sur fond noir en haut de chaque case, sert de fil conducteur au livre. Ainsi, au début de l'album, Laura apprend que son père a eu un accident de voiture. Amélie Sarn écrit: "Mon père est dans le coma. Je ressens quoi? Une joie. une indicible joie. Il va peut être crever."
Pendant ce temps, les images montrent les gestes automatiques de la jeune femme, qui s'habille, prend sa voiture, rejoint sa mère et ses frères.
Le récit de Laura est celui d'un exorcisme. A ce père plongé dans le coma, enfin immobile, inoffensif, elle parle. Elle dit, jour après jour, dans le secret d'une chambre d'hôpital, tout ce qu'elle n'a jamais réussi à lui faire entendre; la douleur, la honte des viols subis entre l'âge de 6 et 12 ans.
A l'image, le découpage est cinématographique, en travellings, gros plans, champ/ contrechamp. Avec pour sujet principal, des visages, des gestes, dans un décor minimaliste. Le dessin est stylisé, cerné de traits noirs, coloré de tons froids, bleus gris, violets; il s'échappe parfois dans l'allégorie, quand les mots deviennent trop crus.
Jamais les images de Thierry Murat ne sont illustratives, elles induisent au contraire une distance, une respiration entre le lecteur et la force écrasante du texte, qui le rendent finalement plus lisible.
C'est la force extraordinaire de la bande dessinée qui est ici en action. Cette combinaison unique de texte et d'images qui n'a pas pour seule vocation le récit d'aventures, mais qui sait aussi rendre justice aux histoires les plus intimes.


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Thierry Murat est né le 31 janvier 1966 à Périgueux. Aprés des études d'arts graphiques à Poitiers, il s'installe à Bordeaux où il exerce depuis une dizaine d'années le métier de graphiste. En mars 2002, il publie son premier album jeunesse, Kontrol 42 (scénario de Régis Lejonc). Aujourd’hui, il partage son temps entre le graphisme, l’illustration, la photographie et la bande dessinée… "L'image schématique, proche du logo m'a toujours attiré et fasciné par son pouvoir émotionnel et narratif. Mon travail de graphiste a sûrement joué un rôle essentiel dans mon approche de l'illustration jeunesse. J'aime donner à voir du sens avec un minimum de signes graphiques, dire les objets, les attitudes, les expressions du visage avec de simples formes géométriques. Les dessins organisés en séquences m'intéressent tout particulièrement parce qu 'il s'agit d'une écriture narrative très ancienne et sans aucun doute fondamentale (dessins rupestres, fresques égyptiennes ou amérindiennes, chemins de croix, vitraux, etc). J'aime les images à lire, le dessin comme Écriture..."

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