Comité de lecture petite enfance - septembre 2006

Publié le par Aubagne Ville-Lecture

Poulpo et Poulpette
Soledad Bravi – L’école des Loisirs (Loulou et Cie)
        
 
 
 Vie quotidienne dans son milieu, découverte de l’amour et vie de famille épanouie sont au menu de ce « tout-carton », présenté comme un premier roman pour bébés mais c’est aussi un véritable documentaire. Petit format carré, couleurs vives et illustrations toutes en rondeur, et si le graphisme épuré de ce livre n’est pas inoubliable malgré beaucoup de dynamisme, les textes, savoureux et très humoristiques, s’accordent parfaitement aux illustrations.
Le site personnel de l’auteur : http://www.soledadbravi.com/ 
              
 
Poka & Mine – Les nouvelles ailes
Kitty Crowther – L’Ecole des Loisirs (Pastel)
 

 
Poka et Mine sont deux petits insectes aux grands yeux expressifs et aux museaux noirs, dont nous suivons les aventures savoureuses et pleines de tendresse. Ici la petite Mine se déchire l’une de ses petites ailes transparentes pour avoir voulu faire l’équilibriste sous les yeux de son cher Poka. Ce dernier s’empresse de l’accompagner chez le docteur qui consent à lui poser de grandes ailes de papillon, en remplacement. Ces dernières vont vite se révéler peu adaptées à la petite Mine…
On retrouve dans ce petit album beaucoup d’ingrédients qui ont fait le succès de Kitty Crowther, des petites histoires pleines de finesse et d’émotion, des dessins aux couleurs lumineuses qui occupent souvent l’essentiel de la page blanche et une véritable intelligence du propos, offrant aux tout-petits un petit voyage apaisant dans l’imaginaire.
 
 
Qui peut manger tout ça
Philippe de Kemmeter – Editions Thierry Magnier (Tête de lard)
 

 
Dans la collection « Tête de lard », à la manière de Prévert, Philippe de Kemmeter propose au fil de ce petit album cartonné, un inventaire hétéroclite de nourritures, d’objets et de monuments, soigneusement comptés et lance un défi. Le suspense est maintenu jusqu’au bout.
On appréciera le dessin fragile de l’auteur, comme autant de petites esquisses qui suggèrent l’enfance, entrainant les tout-petits à une lecture active. Ludique et drôle.
 
 
C’est sûr, il viendra !
E. Jadoul & C. Pineur – L’école des Loisirs (Pastel)

Achille, petit cochon de son état, attend avec impatience la venue du père Noël le soir du réveillon mais un doute le tenaille et « s’il ne venait pas ». Achille va se lancer de ces petits défis absurdes que s’imposent parfois les enfants pour interroger le destin.

« Si j’arrive à compter jusqu’à dix sans respirer… »
« Si j’arrive à sauter sur mon lit sans glisser… »
« Si je compte au moins sept étoiles dans le ciel… C’est sûr, il viendra !».
Dans un petit format carré, aux illustrations naïves peintes sur double-page, les auteurs signent un petit album dans lequel beaucoup d’enfants retrouveront leurs rites intimistes.
 
 
Piiips !
Anne-Isabelle Le Touzé – L’école des Loisirs (Pastel)

Pips enfile sa chemise de nuit et va se coucher. Un cri strident le réveille et sa mère lui demande de l'eau. Il la lui donne et se recouche, quand un cri le réveille à nouveau. C'est cette fois son père qui pleure parce qu'il a perdu son doudou. Un album où l'inversion des rôles, autour du refus de s’endormir, permet à l'enfant de mieux visualiser sa relation avec ses parents et qui devrait beaucoup faire rire les tout-petits…
 
 
Papa Houêtu ?
Vincent Malone, ill. par Soledad Bravi – Seuil Jeunesse
 

Après « Ma zommé », Vincent Malone et Soledad Bravi cosignent ce gros album cartonné dont le parti-pris est de décliner par le dessin des expressions quotidiennes que peuvent entendre les enfants sans toutefois bien les comprendre. L’utilisation du téléphone portable permet aujourd’hui à l’enfant de joindre son papa et de lui poser cette question : « Papa, où es-tu ? ». Cette interrogation revient régulièrement dans ce livre (et dans le quotidien) et amène des réponses inattendues et comiques où se mêlent jeux de mots et représentations originales et surprenantes de certaines tournures de phrases. La question réapparaît au fur et à mesure que l’on tourne les pages avec une progression dans l’intonation reflétant l’impatience de l’enfant qui ne doit pas toujours comprendre les réponses de l’adulte (dans le livre comme dans la réalité).
 Si les couleurs vives et les situations cocasses de ce livre raviront les tout-petits, l’humour, l’ironie et le surréalisme des scènes sont autant de clins d’œil aux plus grands. Impossible notamment de ne pas y voir une allusion aux accros des conversations téléphoniques…
 
 
Le monstre et le bébé
P. Gay-Para / R. Saillard – Didier Jeunesse (A petits petons)
 

Inspiré par le troisième récit des « lutins »des frères Grimm, l’histoire d’êtres surnaturels venus enlever un bébé et le remplacer par un « changelin » connait de nombreuses déclinaisons dans toute l’Europe.
Si la version des frères Grimm, compte parmi leurs écrits les plus inquiétants, Praline Gay-Para nous livre ici un conte plus rassurant, où l’amour maternel, la figure protectrice de la voisine et la douce berceuse chantée finalement par la maman, rendent cette histoire accessible aux plus petits.
Les illustrations très stylisées de Rémi Saillard accompagnent brillamment ce récit mythique qui nous parle de la relation forte qui relie mère et enfant, en soignant le jeu des couleurs qui suit les ressorts de la narration, et avec un vrai sens des perspectives et du cadrage de toutes les scénettes. Ce conte palpitant illustré avec beaucoup d’originalité tiendra en haleine ses lecteurs.
 
 
Je souris toute l’année
Irène Schoch – Seuil Jeunesse
 

Chaque mois de l’année, Souris change de métier et réinvente le calendrier.
Imagier un peu « fouillis », le graphisme et les couleurs sont originales, les détails fourmillent, certaines images font référence à des contes, légendes, traditions.
C’est un bon support de langage. Les avis ont divergés face à cet album, certains ont aimé, d’autres pas.
 
 
Dans ma chambre…
Uri Shulevitz – Circonflexe (Aux couleurs du temps)
 

Version française de « The Moon in my room », premier livre pour la jeunesse d’Uri Shulevitz, paru aux Etats-Unis en 1963, ce petit album nous donne à découvrir l’univers d’un enfant au travers de sa vision, limitée et immense tout à la fois, de ce qui l’entoure, les plantes sur le bord de sa fenêtre, ses jouets, le soleil et les étoiles. Mais tous ces trésors ne sont rien sans son ami, un ours en peluche qui semble s’être égaré…
Tout est réussi dans ce petit livre. Les illustrations simples et légères, la mise en page qui occupe tour à tour tous les espaces des pages et rend compte de l’importance de chaque chose dans ce petit univers enfantin. Brigitte Andrieux, traductrice et auteur de la postface de l’ouvrage, souligne avec raison l’ « économie de moyens », la justesse des mots et l’expressivité graphique qui rendent bien l’intimisme et la douceur de l’imaginaire d’un enfant. Un très bel album, première œuvre touchante qui méritait bien d’être redécouverte…
 
 
Deux par deux
André Sollie – Sarbacane
 

Une petite fille couchée dans son lit découvre son corps avec fierté. Deux pieds, deux mains, deux joues, deux oreilles : elle se sent exceptionnelle ! Jusqu'à ce qu'elle arrive à son nez. Son seul et unique nez ! Et une seule gorge, un seul menton, un seul cou... Lui manquerait-il quelque chose ? Au fil des pages, l’enfant peut nommer les parties du corps et reconnaître des doutes ou des angoisses qui peuvent parfois l’assaillir.
Simplicité et humour des textes comme autant d’interrogations cocasses sur un corps en devenir, illustrations modernes et richement colorées, se partagent l’espace de chaque double-page, avec la présence, à coté du texte sur chaque page de gauche, d’un dessin à l’encre de Chine qui figure l’imaginaire de la jeune narratrice. Ce festival de couleurs et de pensées est le prélude au sommeil apaisant qui vient avec la nuit. Un album atypique...
 
 
La vie de Kuma Kuma
Kazue Takahashi – Autrement Jeunesse
 

 
 
Cet album de Takahashi est une vraie merveille de sensibilité, de douceur et de finesse. Tout le récit s’organise autour de la vie de Kuma Kuma, un petit ours apparemment solitaire vivant dans un endroit reculé de la montagne. Nous sont décrites de petites scénettes de la vie toute simple de l’ours, telles qu’imaginées par l’enfant-narrateur. On ne peut s’empêcher de trouver ce petit ours bien seul, ce qui n’empêche pas le narrateur d’aimer « …imaginer que Kuma Kuma est heureux… ».
Comme souvent chez Autrement, l’objet livre est très soigné, de la reliure jusqu’au papier, en écho au minimalisme poétique du texte. Les illustrations, diaphanes, en tons légers de pastels clairs, rendent parfaitement ces instants de vie, évoquant avec une grande délicatesse le quotidien et l’éloignement. Album poétique qui nous qui nous pose cette grande question philosophique : « qu’est-ce qu’être heureux ? ».
 
 
Et on mangera des réglisses
Sylvia Van Ommen – Didier jeunesse
 

Un chat et un lapin se donnent rendez-vous dans un parc. L’un a amené des bonbons – surtout des réglisses -, l’autre du café. Et tandis qu’ils profitent de l’herbe du parc et des grands arbres, ils devisent ensemble. La discussion vient sur la mort ? Iront-ils au paradis, s’y retrouveront-ils, qu’y feront-ils ensemble ?
Ce petit album nous rappelle que les préoccupations métaphysiques ne sont pas étrangères aux enfants. Le texte court et poétique s’accorde parfaitement aux traits noirs et dépouillés des illustrations, qui se succèdent dans une mise en page intelligente, faite de gros plans, de détails perdus dans le vide et de cadres qui viennent rythmer le questionnement des personnages. Ce graphisme est idéal pour célébrer la simplicité de l’amitié véritable, à l’honneur dans ce bel album.
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